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L'espace
de pouvoir subtil, mais important
qu'occupe
la femme dans la société mauritanienne
Statut
social
En
milieu Pulaar
"Les
femmes ne règnent point, aucune femme ne figure sur la liste des
Satigi (...). Est-ce dû à certaines tendances islamiques qui
mettent sur le compte "du premier Calif rachidien AbouBekr l'expression
"ne connaitra jamais la prospérité, le peuple qui confie
ses affaires à une femme(*)". (...) Tout d'abord, il est nécessaire
de savoir ce que l'on entend par "exercer un pouvoir politique". Pour ce
faire, l'explication donnée par un anthropologue français,
Maurice Godelier nous semble suffisante pour éclaircir ce présent
chapitre. Il avance qu'"exercer un pouvoir politique c'est prétendre
posséder ou se voir conférer la capacité de représenter
la societé comme un tout vis-à-vis d'elle-même ou vis-à-vis
d'autres sociétés exterieures à elle...(1)".(...)
S'il est vrai que dans des Etats voisins comme le Walo quelques figures
de femmes sont sorties des ténébres de l'histoire (cas de
Jembet Mbooj et de sa soeur Ndata Yalla), le Fuuta Almamal s'est le plus
souvent illustré par la direction politique de ses hommes. L'on
y reconnait rarement l'autorité des femmes, même si quelques
unes d'entre elles ont malgré tout émergé.(...). Les
circonstances dans lesquelles Djeynaba Racine aurait pris le pouvoir restent
obscures. Toujours est-il que les traditions retiennent qu'elle s'est investie
dans la politique et qu'elle a gardé la Chefferie de Doumnga-Basséa
plusieurs années en attendant la majorité de son fils Abdoul.(...).
Le second cas de femme dirigeant politique qui nous a interessé
est celui de Mali Mbeenay de la Famille Aane de Hyre Cila (Haïré
Thila) dans le Yirlaabe-Pete. Comme la première figure que nous
venons de citer (Dieynab Racine Athie), Mali Mbeenay est de l'une des familles
des Jaagorde de Yirlaabe, en l'occurrence les Aane.(...) Le massacre des
hommes politiques potentiels des Yirlaabe-Pete laissa la région
sans chef. Mali Mbeenay, veuve des ayants-droits, dût exercer le
pouvoir durant quelques sept ans.(...) On ne saurait parler de femmes dirigeants
politiques sans attirer l'attention sur la Grande Royale, du pays des Jallube
qui, sans avoir été intrônisée, n'en a pas moins
exercé le pouvoir effectif à la place de son frère
dont le titre de chef est purement formel. Elle a su se conférer
(comme le définit Maurice Godelier) la capacité de représenter
la société à laquelle elle appartenait et à
prendre en main les décisions la concernant. D'autres femmes ont
eu à représenter leur société dans des domaines
différents".
(Extrait
"La femme et le pouvoir sous l'Almamat :XVIIIème-XIXème siècles",
TOURE Médina, mém. DEA. université Cheikh Anta Diop,
1998. )
En
milieu soninké
"La
société soninké est dans son essence même une
société inégalitaire. Dès que deux soninkés
sont en relation, l'un a prédominance sur l'autre, il ya un "ancien"(xirise)
et un cadet. Ceci est vrai dans n'importe quel groupe de soninkés,
groupe familial, village, voyageurs cheminant ensemble, groupe d'enfants
de même age (classe d'âge), à l'exception notable des
formes d'organisation moderne(1) (conseil municipal, assemblée parlementaire,
gouvernement, association de type moderne). L'ordre hiérarchique
dépend de trois critères qui sont par ordre d'importance
croissante :
-
l'âge
-
le sexe
-
la condition
sociale de naissance
(...)
L'homme a prééminence sur la femme, ce qui n'empêche
nullement celle-ci de donner son avis, mais finalement c'est l'homme qui
tranchera de façon irrévocable. Remarquons que ce critère
est plus puissant que le précédent. Le respect dû à
l'ancien reste secondaire devant la descrimination sexuelle, c'est-à-dire
que dans un groupe de personnes égales par ailleurs, s'il y a un
homme, c'est à lui de prendre les décisions en dernier ressort,
quel quesoit son âge, même face à des femmes beaucoup
plus âgées que lui. Mais cette descrimination n'est que secondaire
dans le classement des individus". ("Parlons
soninké", GIRIER Christian, ed.L'harmattan, 1996, p.157-158).
En
milieu maure
"Ce
sur quoi la tresse a passé la nuit, la barbe y sera au matin" (ce
que la femme a décidé la nuit, l'homme l'executera le lendemain),
proverbe hassaniya.
"En
ce qui concerne la Mauritanie, l'héritage des Almoravides est très
important. Les Almoravides étaient le peuple de la Femme et de la
Religion. Chez eux, la femme était maîtresse du foyer et l'homme
n'était que son hôte. De cette tradition, la Mauritanie a
gardé un certain respect de la femme dans sa dignité et dans
son droit. La désintégration de l'Etat musulman des Almoravides,
la colonisation, le développement du tribalisme et du régionalisme
et un ensemble de facteurs socio-économiques ont abouti à
la situation actuelle".
(Extrait
du compte rendu de la table ronde "Violence contre les femmes", 8 mars,
1993-S.E.C.F.,p10)
"Le
pouvoir des femmes maures ne ressort pas à la consultation des statistiques
macro-économiques, où celles-ci sont peu présentes
dans la sphère publique. Pour le découvrire il faut décortiquer
minutieuseement les données de santé reproductrice et questionner
les femmes et les hommes mauritaniens. On y décèle alors
d'importantes zones de libertés (SIMARD, 1990).
-
- monogamie
: les femmes maures, en dépit de la religion musulmane qui autorise
la polygamie, exige la monogamie comme condition au mariage et l'obtiennent;
-
- nom
de jeune fille : la femme qui se marie garde son nom de jeune fille
et n'adopte pas celui de son mari;
-
- divorce
: le taux de divorce est de 37%, ce qui est nettement plus élevé
que dans d'autres pays arabo-musulmans (Tunisie, Maroc, Syrie). Cette fréquence
est deux fois plus importante chez les femmes maures que chez les négro-africaines.
De plus, un grand nombre de divorces sont initiés ou suscités
par les femmes, même si la loi islamique octroie ce privilège
aux hommes seulement;
-
- non-remboursement
de la dot par la famille, en cas de divorce;
-
- inexistence
de la violence conjugale : l'incidence de la violence conjugale est
faible ou inexistante, chez les couples maures, où se dégage
une certaine tendresse dans les rapports hommes-femmes, due proablement,
au fait que l'épouse préférée est la cousine,
considérée comme une soeur aimée et protégée.
En cas d'agression physique ou même verbale de son mari, la femme
peut exiger le divorce;
-
- remariage
: le taux de remariage est de 72,5% ; des femmes se marient deux fois,
6% trois fois, 3% quatre fois et plus. La femme divorcée et remariée
n'est pas ostracisée par la société, comme c'est le
cas dans la plupart des pays musulmans et africains. Au contraire, elle
apparaît comme étant plus séduisante aux yeux des hommes.
Le prototype de la femme idéale n'est donc pas la mère mais
la Chebiba, c'est-à-dire une vedette à qui tous les hommes
veulent faire la cour;
-
- femmes
chefs de famille : 36% (niveau national) et 38,7% (Nouakchott), un
des taux les plus élevése en Afrique. Même si cette
responsabilité est reconnue de fait et non de droit, les femmes
maures chefs de famille ne se retrouvent pas forcément sous la tutelle
de l'homme (l'aïeul du clan), comme c'est le cas dans les populations
noires. C'est ainsi qu'en l'absence prolongée de leur époux,
elles peuvent prendre des décisions majeures, commer marier leur
enfant, par exemple;
-
- expression
de la parole en public : autant des jeunes femmes que des plus âgées,
et même en présence des hommes. En outre, il est généralement
bien accepté que les femmes, puissent contredire en poublic leur
mari ou des femmes aînées;
-
- possibilité
pour une femme d'accumuler des biens : et d'en assurer la maitrise
autonome. En principe, la femme maure n'a aucune obligation de contribuer
à l'entretien du ménage ; cette situation commence à
changer cependant, en raison de la crise économique;
-
- statut
privilégié des petites filles : contrairement à
la plupart des pays où on a observé la double tarre d'être
née petite fille et pauvre, le statut des petites filles est privilégié
en Mauritanie. On leur donne à manger avant les garçons ;
on a tendance à les gâter, alros qu'on encourage l'autérité
chez les hommes. Elles ne sont pas astreintes aux lourds travaux. Elles
sont socialisées en vue de resister aux hommes alors que les petits
garçons le sont en vue de faire plaisir aux femmes".
(Extrait
de "Petites commerçantes de Mauritanie : voiles, perles et henné",
SIMARD, Gisèle, ACCT-Karthala, 1996 p.82-83) .
"(...)
De génération en génération, le désert
a fait son oeuvre. Quand les hommes étaient absents, soit parcequ'ils
surveillaient les troupeaux soit parce qu'ils accompagnaient les caravanes
ou participaient à des raids guerriers, les femmes restées
au compagement avec les enfants étaient amenées à
prendres seules les décisions affectant la vie du groupe. L'habitude
de porter la culotte sous le voile leur est restée, malgré
le développement des moyens de communication. En outre, si les Maures,
emigrent peu- l'exception de ceux, nombreux, qui assurent la police dans
les Emirats-, ils voyagent toujours beaucoup et laissent à leur
épouse toute latitude pour gérer la collectivité familiale.
Malgré leur réputation de créatures évanescentes
et sensibles, les Mauresques sont aussi des femmes d'action redoutables".
(Extrait
de "Mauritaniennes" de BERTOIN, Jacques in GEO, n°211-septembre 1996)
"La société
considère que seul le noble honore la femme alors que le vilain
l’humilie. Dans ce cadre, l’adage populaire dit : « les femmes
constituent les couronnes des généreux et les chaussures
des crapules ». Autrement dit, l’honnête homme, grand et magnanime
porte la femme sur sa tête, la respecte et la traite avec égard
alors que l’avare et le coquin la piétine, l’opprime et la subjugue.
Partant de cette vision,
tous rivalisent pour bien traiter la femme afin de mériter la qualité
de généreux, fixée par la société !
(…) Ainsi la société
mauritanienne a habitué la femme au fait qu’elle représente
un joyau qu’on préserve toujours comme la prunelle des yeux. Et
si la société a hérité de l’antique société
arabe l’aversion pour les filles à la naissance, cela n’a jamais
influencé la place de la femme dans la réalité sociale
comme le dit le proverbe hassania « l’aversion pour la fille ne lui
nuit point ».
Par ailleurs, la société
mauritanienne (maure) accorde à la femme une confiance totale
et un respect intégral et la rend responsable d’elle-même,
ce qui explique l’absence de séparation entre femmes et hommes conformément
au point de vue et aux consultations juridiques de nos Ulémas. Ainsi
Cheikh Mohamed El Mami permet cela quant il dit « si la femme l’autorise,
l’homme peut rentrer chez elle, manger avec elle sans contact des mains,
parler avec elle sans plaisir démoniaque et s’asseoir avec elle
sur un lit qui ne bouge pas »(4).
Dans cette opinion, l’Erudit
se base sur la conception la plus répandue du rite malékite
qui permet cette chaste promiscuité et oblige la femme à
couvrir tous ses organes sauf le visage et deux paumes des mains. Cette
confiance accordée par la société l’a poussé
à « partir du principe de totale chasteté dans la gestion
des affaires et le bon accueil de ses hôtes même en cas d’absence
de son mari parce qu’il est honteux de prenre comme pretexte l’absence
du mari pour ne pas bien accueillir les hôtes (5).
Bien plus, l’homme mauritanien
considère le bon accueil des hôtes par la femme comme un honneur
digne d’éloges. (…) La femfme mauritanienne est toujours confiante
en elle-même et consciente de son rôle important dans la société.
Elle reste la maitresse de la maison, donnant des ordres bien exécutés
comme le dit le proverbe hassania : « ce que la femme veut la nuit
l’homme l’exécute le matin », c’est à dire que tout
ce que la femme désire, elle le dit à l’homme qui s’en convainc
et l’exécute quel qu’il soit !
(….) Le groupe des femmes
âgées constitue une autorité sociale ayant la responsabilté
de compatir avec les sinistrés, de visiter et de soigner les malades…Elles
font passer les lettres de fiançailles et de mariage… Elles sont
responsables de concilier les membres de la société et ceux
d’une même famille. Elles sont aussi chargées du maintien
de la morale publique, des us et coutumes de la société et
ont le droit de condamner quiconque viole l’usage social. Parfois même
elles refusent le mariage à des hommes étrangers à
leur groupe social afin de sauvegarder la cohésion de leur communauté
et pour éviter l’ouverture de leur collectivité sur d’autres
entités sociales.
(…) Et si la société
mauritanienne moderne a abandonné certaines de ces traditions du
fait de la nouvelle modernité, la place de la femme dans la «
mentalité sociale » en tant que symbole social, demeure présente
car c’est une honte pour tout homme de se dérober à cette
vision. Ainsi, si une femme prenant aujourd’hui, le bus ne trouvait
pas de place assise, un homme se lèverait immédiatement pour
la laisser s’asseoir à sa place. Par ailleurs, quand un homme passant
voit une femme porter un lourd paquet, il va nécessairement lui
donner un coup de main et si la femme travaille avec l’homme, ce dernier
lui accorde obligatoirement des facilités. Certains partisans de
la liberté de la femme trouvent nécessaire de supprimer de
telles pratiques qui donnent à la femme un sentiment de faiblesse
et d’incapacité dans la réalisation de l’égalité
alors que d’aucuns considèrent pareils comportements comme simple
honneur à la femme et concrétisation de la place donnée
par l’Islam et cautionnée par la société. D’ailleurs
cela augmente sa confiance en elle-même et lui fait sentir son importance".
(Extrait
de "Femme mauritanienne: dualité de l'harmonie et mésentente"
de MINT MEILOUD, Hawa, (SECF, 2001), p7-10)
"La plupart des contes pose
la problématique de la « dualité » qui se trouve
dans la position de la société vis-à-vis de la femme
car la société mauritanienne fait montre d’une étonnante
dualité. Ainsi quand nous observons la réalité sociale,
nous constatons que la fille bénéficie des soins de la famille
prête à tout dépenser pour la rendre heureuse, ce qui
étaye le proverbe maure « la prodigalité en faveur
des filles est une bonne gestion ». Une fois femme, la fille devient
la responsable de la famille donnant ses ordres et décrétant
ses interdits. La société plaint celui qui n’a pas de fille
dans le proverbe « les gens ne savent pas la date de la mort de celui
qui n’a pas de filles », autrement dit celui qui ne laisse pas de
fille n’a pas quelqu’un pour pleurer sa mort et en informer les autres
!
Par ailleurs, la société
mauritanienne déteste fort les filles à leur naissance car
celui qui a une fille reçoit les condoléances et s’entend
dire « Louage à Allah, heureusement que c’est une personne
à part entière. Elle te sera affectueuse à ta
vieillesse ». Il est étonnant de trouver des prénoms
féminins comme « Qu’Allah préserve son père
», « qu’Allah préserve son oncle », et «
la mère des frères » sans jamais rencontrer des prénoms
masculins comme « qu’Allah préserve sa mère »,
« qu’Allah préserve sa tante » ni « le père
de ses frères », si réduit que soit le nombre des femmes
dans la famille !
Bien que la société
« s’accord » sur le fait que la personnalité qui symbolise
l’idiotie et la sottise dans la culture populaire est la femme «
Teyba », elle « diverge » en pratique avec cette vision
et considère que ce que femme veut la nuit, l'homme l'exécute
le matin".
(Extrait
de "Femme mauritanienne: dualité de l'harmonie et mésentente"
de MINT MEILOUD, Hawa, (SECF, 2001), p44-45).
Le statut de la femme en Mauritanie : un statut privilégié?
La
Mauritanie se vante d'être l'un des pays les plus avancés
sur le continent africain en matière de promotion de la femme.
En effet, 76% des filles sont scolarisées -un taux
élevé comparé à d'autres de la
sous-région- et les femmes ont accès à tous les
métiers : ministres, députés, chefs d'entreprises,
médecins, etc. Cette volonté de mieux intégrer les
femmes dans la société est celle du Président
Taya, qui dès 1985, exhortait son pays à associer la
population féminine au développement de la Mauritanie.
Mais malgré ces efforts, les réflexes traditionnels et
une démocratie encore fragile ne permettent pas aux femmes
d'être sur un pied d'égalité avec leurs
confrères masculins.
(Source : http://www.un.org/av/special/womfre.htm#prog4)
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Liens utilles :
http://www.poussieresdetoiles.com/pages/article.html#fem
http://www.le-renovateur.com/femme-mauritanienne-a-l%E2%80%99epreuve-liberation-joug-hommes
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